À Fénétrange, programme tout Orlando autour de Max Emanuel Cenčić

Ensemble Desmarest, Ronan Khalil, Max-Emanuel Cencic à Fénétrange

Cohérence thématique et unité chronologique auront marqué ce beau concert consacré à la folie du paladin de Charlemagne. En belle forme vocale, le contreténor croate a prêté sa voix de bronze au service d’un personnage aux multiples facettes.

Pour sa trente-neuvième édition, le festival de Fénétrange a réuni l’Ensemble Desmarest et Max Emanuel Cenčić pour un concert entièrement consacré à la figure du paladin Roland/Orlando, le neveu de Charlemagne et héros de La Jérusalem libérée du Tasse. Même si le texte de présentation, lu par le soliste en guise de prologue à ses airs, évoque l’évolution du rapport de l’homme à la folie du Moyen Âge jusqu’à nos jours, c’est bien la dernière période du baroque qui est mise à l’honneur par les choix de la programmation : les compositeurs réunis pour l’occasion sont tous nés entre 1678 et 1686, assurant à la soirée une cohérence autant chronologique que thématique. Les pièces maîtresses du programme sont ainsi constituées des grands airs de l’Orlando de Haendel et de l’Orlando furioso de Vivaldi auxquels s’est rajouté un extrait de l’opéra Angelica e Medoro de Porpora, sans compter quelques pièces instrumentales fort bienvenues. Ces dernières auront tout particulièrement mis en valeur la flûtiste Anna Besson également remarquée dans le solo du « Sol da te » d’Orlando furioso. L’Ensemble Desmarest joue avec netteté et précision, ce qui n’empêche pas par moments une certaine apathie, voire quelques décalages. Mais dans l’ensemble la prestation reste de grande qualité.

Comme on pouvait s’y attendre, c’est le soliste de la soirée, Max Emanuel Cenčić, qui a fait l’unanimité. Avec les années, son vibrant et voluptueux mezzo-soprano a encore pris en rondeur, en chaleur et en couleurs. Idéal dans les airs lents et élégiaques, comme par exemple le « Sol da te » avec accompagnement de flûte obligée, la netteté et la précision de ses vocalises le mettent tout particulièrement en valeur dans les pièces de virtuosité haendéliennes comme « Fammi combattere », « Venti turbini », « Cielo! Se tu… », sans oublier l’incroyable air d’Arminio donné en bis. Les extensions dans l’aigu, notamment lors des cadences écrites par le chanteur, consolident le beau bronze qui constitue le matériau vocal de l’interprète. De la passion amoureuse à la furie vengeresse, en passant par les dérives de l’illusion et les affres de l’espoir amoureux déçu, tous les aspects de la folie d’Orlando auront trouvé en Cenčić leur chantre idéal. Loin de l’exhibitionnisme vocal parfois gratuit d’un Fagioli, de l’intériorisation excessive et peut-être un peu mièvre d’un Jaroussky, le chanteur croate est peut-être aujourd’hui le plus accompli des grands contreténors haendéliens et vivaldiens du moment.

Crédit photographique : Max Emanuel Cenčić © Anna Hoffmann

Ronan Khalil